Bassolma Bazié à propos de l’autorisation de marcher: « Y a-t-il eu une loi » en octobre 2014?

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"Nous avons hautement confiance à la qualité et le courage, l’abnégation et la discipline de nos FDS"

Bassolma Bazié, Secrétaire général de la CGT-B, dans un entretien accordé à www.minute.bf le vendredi 4 octobre 2019, confirme que la marche du 12 octobre prochain, programmée par des syndicats et organisations de la société civile le 2 octobre dernier, « aura bel et bien lieu » pour dénoncer la présence des bases militaires étrangères sur le sol burkinabè. « Il est impensable que dans un pays qui a été proclamé indépendant depuis le 5 août 1960, on ait besoin de faire recours à des forces étrangères pour intervenir dans des situations précises », a-t-il regretté, appelant les autorités actuelles à mettre les forces de défense et de sécurité (FDS) dans des conditions qui leur permettront de défendre conséquemment l’intégrité du territoire burkinabè. Interview !

Minute.bf : Contrairement à ce qui se disait sur les réseaux sociaux, le gouvernement a démenti la présence d’une base militaire française à Djibo. Votre marche programmée pour le 12 octobre prochain a pour but de dénoncer la présence de forces étrangères au Burkina Faso. Allez-vous pouvoir tenir cette marche?

Basolma Bazié : J’ai suivi le point de presse du gouvernement hier (3 octobre 2019, ndlr). Il y a ce que le gouvernement dit, et il y a ce qui est une réalité sur le terrain. Si on devrait prendre tout ce que le gouvernement dit comme argent comptant, les difficultés que nous traversons dans notre pays n’allaient pas faire jour. C’est pour simplement dire qu’entre ce que dit le gouvernement et la réalité sur le terrain, c’est souvent la nuit et le jour, c’est un grand fossé. Si le porte-parole du gouvernement dit qu’il n’y a pas de base militaire française à Djibo, nous prenons acte. Mais les manifestations sur le départ des forces étrangères de notre pays ne sont pas fondées sur la présence d’une base militaire à Djibo ou pas. Y a-t-il des forces militaires étrangères dans notre pays, oui ou non ? C’est à cette question qu’il faut répondre. Et nous avons dit que nous sommes dans un pays où l’ensemble du peuple doit se battre pour notre véritable indépendance politique, économique, sociale et sécuritaire.

Il est impensable que dans un pays qui a été proclamé indépendant depuis le 5 août 1960, on ait besoin de faire des recours à des forces étrangères pour intervenir dans des situations précises. Nous avons hautement confiance à la qualité et le courage, l’abnégation et la discipline de nos éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS). Ils ont eu à transmettre des préoccupations qui sont articulées autour du manque de motivation, de matériels et d’assistance à leur niveau. Ce n’est pas qu’ils sont incapables de faire face au terrorisme. Le Vietnam, moins armé, a pu faire face aux Etats-Unis et à la France. Dans un pays, ce qui peut permettre à un enfant de se sacrifier jusqu’à la dernière minute, c’est l’exemplarité de ceux qui tiennent ce pays. Il ne suffit pas de s’asseoir dans des bureaux feutrés et climatisés à Ouaga 2000 pour dire que tout va bien dans le pays, alors que, de jour en jour, ce sont des malversations inqualifiables qui sont dénichées par la presse,  ce sont des wagons de charbon fin qu’on découvre dans le pays, et pis, les FDS sont face à des situations où elles manquent la moindre de motivation en terme de prise en charge et de qualité de matériels.

C’est du reste, sur cette base, que le gouvernement lui-même, a violé le décret de décembre 2008 fixant les émoluments des ministres. Allez-y leur demander s’il y a un seul ministre dans ce gouvernement dont les émoluments respectent une norme nationale. Eux, qui aiment dire que la loi n’est pas respectée, qu’ils se réfèrent à cela. Il y a bien d’autres éléments. Donc, qu’ils comprennent qu’il ne suffit pas seulement de diriger par le mensonge et la démagogie. Il faut dire la vérité au peuple. Et dire cette vérité, c’est d’abord que les gouvernants eux-mêmes commencent par comprendre que leur place leur a été conférée par le peuple. De ce point de vue, ils doivent être des exemples. Mais si on n’est pas un exemple, il est tout à fait clair qu’on peut vociférer sur toutes les antennes à longueur de journée, sans aucun résultat à la fin.

Pour terminer sur ce point, je réitère que les actes de tout un chacun vont le rattraper dans le temps. Les gens ont la mémoire courte, ils aiment très mal tirer les leçons de l’histoire, mais ce qu’on pose comme acte aujourd’hui vous rattrapera tôt et tard.

Dans la dernière conférence de presse Co-organisée par l’ODJ, l’UGEB, le CDAIP, le CGT-B, le Manifeste des intellectuels, le MBDHP, le KEBAYNA et le SYNAMUB, le 2 octobre dernier, les conférenciers avaient fait savoir que pour la marche du 12 octobre prochain, l’autorité n’avait pas encore répondu à la demande qui a été introduite à son niveau. Est-ce que sans autorisation, vous pourrez tenir cette marche ?

La marche du 12 octobre aura bel et bien lieu. Je dis et je répète que la loi 22 d’octobre 1997 ne dit pas qu’il faut demander une autorisation pour marcher. Cette loi en ses articles 4, 7 et 10, dit qu’il faut envoyer une correspondance de déclaration, autrement dit, une correspondance d’information à l’autorité dont le territoire est sous sa tutelle. Dès lors que cette correspondance est déposée, l’information est partie, le reste, c’est dans les mains de l’autorité. Ce n’est pas une autorisation. Je le dis et je le répète, il est bien qu’on retienne les dispositions de la loi pour que chacun ne se promène pas avec une loi dans sa tête ou une assemblée nationale dans son dos, à légiférer en fonction de ses émotions et de ses désidératas. La loi c’est la loi, et celle sur la base de laquelle l’information a été déposée, c’est la loi 22/97 d’octobre 97. Et ses articles 4, 7, 10 ont été respectés dans ce cadre. Donc, toute autre disposition ne nous engage pas. Ceux qui parlent d’autorisation, s’ils ont une autre loi dans leur esprit, nous disons que la légalité, ce n’est pas eux, leur esprit. La loi et la légitimité, ce n’est pas eux, leurs émotions et leur esprit. Nous nous en tenons aux dispositions de la loi. Du reste, je rappelle que c’est la légitimité qui nourrit la légalité et non l’inverse.

Ceux qui sont à Kossyam (palais présidentielle) et à l’assemblée, qui disent qu’ils sont des insurgés, allez-y me montrer une disposition qui avait autorisé la marche du 30 octobre 2014 sur l’Assemblée avant qu’ils ne viennent au pouvoir. Y a-t-il eu une loi ? De ce point de vue, si le peuple est contraint dos au mur, il va réagir et aucune armée, sophistiquée soit-elle au monde,  est capable de faire face à un peuple uni et engagé.

N’avez vous pas peur que cette marche connaisse le même sort que celle du 16 septembre dernier pour cause de non autorisation de marcher ?

La marche du 16 septembre a été réprimée mais cela ne nous a pas empêché de continuer nos activités toute la journée. Ce qu’il faut retenir, les acquis dont nous bénéficions aujourd’hui ont été conquis sur la base des larmes, de la sueur et du sang.  Nous n’allons pas baisser le drapeau dressé haut par nos devanciers parce qu’il y a des menaces. Nous devons nous unir et prendre nos responsabilités devant l’histoire. Avec l’insurrection, il y a aujourd’hui des martyrs au cimetière. La résistance au putsch de septembre 2015 a aussi fait des martyrs aujourd’hui au cimetière. Mais tout cela n’a pas empêché ceux qui sont à Kossyam de se faire appeler des résistants ou des insurgés, même s’ils votent un code pénal qui incrimine la même insurrection.

Vous, en tant que journaliste, seriez-vous d’accord que l’on vote une loi dans un pays, qui transforme nos hommes de médias qui sont des référentiels à travers le monde, en rien que des perroquets, en disant que ‘’RFI a dit ceci ; CNN a dit ceci ou France 24 a dit cela’’, avant de donner l’information ? Ce n’est pas responsable et nous n’allons pas nous assoir pour regarder faire. Nous exigeons le retrait pur et simple de la loi portant code du travail, qui assassine les libertés d’information et de presse dans notre pays.

Propos recueillis par Armand Kinda

Minute.bf