« J’invite Bissa gold à se conformer à la règlementation de notre pays » (Maire de Sabcé, Rigobert Nassa)

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Rigobert Nassa, maire de la commune de Sabcé

Le maire de la commune de Sabcé dans le Bam, région du centre-nord, Rigobert Nassa, dans une interview accordée à www.minute.bf, s’est prononcé sur la situation nationale burkinabè, notamment les remous que traverse la plupart des partis politiques, mais aussi sur le dialogue politique initié dernièrement par le président Roch Marc Christian Kaboré. Il s’est également exprimé sur l’apport des mines dans le développement de la commune de sabcé. Sur cet aspect spécifiquement, il a sans détour relevé des manquements de la mine Bissa gold quant au respect des lois et règles en vigueur au Burkina. Le maire a aussi fait en quelques mots le bilan de son action et de ses réalisations depuis qu’il a pris la tête de la commune de Sabcé.

minute.bf : La majorité des partis politiques au Burkina Faso connaissent actuellement des remous internes ? Qu’en est-il à votre niveau, surtout dans le renouvellement des bureaux. Est-ce que tout est rose ?

Je suis issu du MPP. Ce qui se passe dans ce parti, je le subis également. Je ne peux pas dire que tout est rose. Mais ce que je retiens c’est qu’il y a une vitalité politique au Burkina, ce qui permet aux uns et aux autres de s’exprimer et d’aller dans des partis à leur convenance. Je pense que c’est à l’honneur de la démocratie. Ce qui fait que cela est perceptible actuellement, c’est parce que la parole est libérée. Tout le monde peut parler comme il veut maintenant. En ce qui concerne mon parti, je pense qu’au niveau de la commune de Sabcé, nous avons mis en place toutes les structures et nous travaillons à renforcer le parti.


L’actualité politique est marquée par le récent dialogue politique qui a permis à l’opposition et à la majorité politiques de discuter sur un certain nombre de points. Quel regard portez-vous sur ce geste bipartite?

Nous trouvons que c’est un grand pas que le monde politique du Burkina a posé. Que l’opposition et la majorité se retrouvent pour échanger sur les points vitaux de la vie politique du Burkina Faso, nous pensons que c’est très bien. Il faut apprécier les points sur lesquels il y a eu consensus. Du reste, les points consensuels sont nombreux par rapport au seul point non consensuel. Mais ce que nous avons pu apprécier par-dessus tout, c’est le compte rendu que chaque leader politique a pu faire après le dialogue. Chaque leader a essayé de rester dans la dynamique du dialogue politique et cela est formidable. Zéphirin Diabré disait « qui l’eut cru ? ». Cest aussi cela la vie. Nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes simplement des adversaires. On a des points de vue plus ou moins différents ou une manière de conduire les affaires plus ou moins différente. Nous croyons que c’est surtout sur le volet sécuritaire qu’il faut mettre l’accent aujourd’hui. C’est ce qui importe sur le document de votation. Si on arrive à maitriser un tant soit peu le volet sécuritaire, le reste viendra.

Estimez-vous ce dialogue si indispensable pour décanter la situation politique nationale actuelle ?

Je trouve que le dialogue politique est plus que salutaire. Il faut même le maintenir au-delà de 2020. Le chef de l’Etat a réussi le pari de sa tenue et c’est un bon point à son actif. Aujourd’hui, je peux dire qu’à l’issue de ce dialogue politique, certaines positions qui étaient très tranchées au niveau des provinces et des communes se sont assouplies.


A présent, parlons spécifiquement de votre gestion. Récemment, vous avez évoqué le besoin de mobilisation de plus de 10 milliards de f cfa de financement de votre Plan communal d’investissement (PCD). Comment comptez-vous mobiliser ces fonds ?


Il est vrai que nous avons réalisé un plan communal de développement qui se chiffre à plus de onze milliards de f cfa. Nous pensons mobiliser ces fonds par la contribution d’abord des populations. Ensuite, sur la contribution de la mine par la patente, les taxes superficiaires et le fond minier pour le développement local. Nous avons aussi d’autres partenaires qui nous accompagnent. Il faut ajouter à cela les ressources transférées par l’Etat. Concomitamment à ces fonds dont on dispose éventuellement, il y a d’autres partenaires qui s’annoncent pour soutenir la commune. En rappel, il faut préciser qu’au niveau du plan communal de développement, nous avons, en plus des ressources de la mairie, prévu de mobiliser sept milliards neuf cent millions avec une contribution des partenaires à hauteur de trois milliards. En définitive, nous pensons qu’avec le fonds minier pour le développement local, la taxe superficiaire, la patente, nous allons entrer en possession de ce fonds prévisionnel pour notre plan de développement communal.

A vous entendre vous disposez d’une palette de projets…

Nous avons fait comme planning d’activités, d’abord au niveau de l’éducation, nous allons faire en sorte qu’on ne parle plus des écoles sous paillote ou des abrits précaires à Sabcé. Ensuite, nous allons faire en sorte que les CSPS passent de trois à sept parce que nous pensons que le nombre d’habitants va augmenter avec le temps. Au niveau de l’eau, nous allons mettre l’accent sur des Adductions d’Eau Potable Simplifiées (AEPS) pour permettre à la population d’avoir cette eau qui coule aux robinets dans les grands centres. Au niveau de l’assainissement, nous avons prévu la construction d’un canal à l’entrée de la ville de Sabcé parce que les eaux de pluies causent d’énormes problèmes aux populations. Pour le moment le pire n’est pas encore arrivé mais nous comptons l’éviter à travers cette réalisation. Toujours par rapport à l’assainissement, nous avons prévu 1000 latrines familiales que nous comptons réaliser dans le temps qui nous reste. Dans le volet des routes, nous avons une route interne de 30 km environ que nous comptons réaliser pour désenclaver la partie Est de la commune de Sabcé.

Qu’en est-il de votre bilan à mi-parcours à la tête de la commune de Sabcé?

Nous sommes pratiquement à mi-mandat. Nous avions fait des planifications suivant le budget. Aujourd’hui nous pouvons nous féliciter des réalisations qui ont été faites avec l’ensemble des populations de la commune de Sabcé. La première année de mon mandat a été surtout consacrée au volet éducatif. Cela a permis de construire des écoles primaires et de compléter des salles de classe au niveau post-primaire avant de procéder à leur équipement. Il faut ajouter à cela, le volet eau potable et assainissement. Nous avons réalisé la première année huit (8) forages. Au niveau de l’assainissement, nous avons pu réaliser à la deuxième année cent (100) latrines familiales dans la ville de Sabcé. Au niveau de certaines écoles, nous avons pu réaliser des latrines et des forages également. Présentement, nous disons que nous sommes heureux d’avoir tenu parole, en réalisant des salles de classe complémentaires et en construisant de nouvelles classes au niveau du primaire et post-primaire. Sur le plan sanitaire, nous avons construit un CSPS de plus. Ce qui porte le nombre de CSPS maintenant à quatre dans la commune. De manière générale au niveau de l’eau au cours du temps que nous avons passé à la tête de la mairie, 28 forages ont été réalisés.


Peut-on alors dire qu’au regard de ces réalisations le maire a tenu parole en concrétisant des promesses électorales ?


En ce qui concerne mes promesses en matière d’éducation, de santé, d’eau et d’assainissement, je n’ai pas grand-chose à me reprocher. Il y a un satisfecit car j’ai tenu parole. C’est vrai qu’il y a certains villages qui n’ont pas encore eu de forage ou de puits qu’on a promis mais ce n’est pas encore tard selon notre planification. Nous travaillons à y remédier.


Votre commune abrite un site minier industriel. Quel est l’apport de cette mine à votre commune ?


La commune de Sabcé abrite une grande mine industrielle qui est celle de Bissa gold S.A. Cette mine apporte dans un premier temps des taxes superficiaires à la mairie qui varie de 80 à 100 million F CFA. Il faut reconnaitre que cet apport renforce le budget de la commune de sabcé. Il y a également d’autres réalisations faites par la mine dans les villages impactés directement par celle-ci. Au niveau de ces villages, la mine elle-même construit des forages, des écoles et forme des jeunes et des femmes à certains métiers. C’est, entre autres, l’apport de la mine au niveau de ses responsabilités sociales d’entreprise. Au niveau du budget, c’est les taxes superficiaires que la mine reverse. A partir de 2018, la patente qui est très importante, va au-delà du milliard. La mine contribue donc énormément pour le budget de la commune de Sabcé.

Aujourd’hui, beaucoup de voix s’élèvent, notamment au niveau des OSC pour dire que les mines ne contribuent pas à la hauteur de leur gain au niveau local. Est-ce qu’on peut dire qu’à Sabcé cela n’est pas le cas ?

Je ne voudrais pas être démagogique parce que je n’ai pas les éléments nécessaires pour comparer. Mais ce qui est certain, nous sommes tout le temps en concertation avec la mine. Depuis mon arrivée à la tête de la mairie, nous avons instauré un cadre de concertation avec la mine. Nous nous retrouvons une fois par trimestre pour évoquer les problèmes que vivent les populations. Bien sûr, nous ne trouvons pas des solutions à 100% pour ces populations mais nous poursuivons avec le dialogue pour pouvoir régler leurs problèmes. Aussi, il faut dire que nous n’avons pas les éléments nécessaires pour apprécier si ce que la mine donne comme contribution, est à la hauteur de ce qu’elle devrait donner. Il revient à la mine de décider de combien elle va apporter au niveau de sa responsabilité sociale. Au niveau des taxes superficiaires, comme nous connaissons la superficie, et le nombre de communes impactées par la mine, on élabore donc les répartitions, selon un comité qui est au ministère des mines et des carrières afin que chaque commune puisse entrer en possession de ce qui lui est dû. Au niveau de la patente, cela a été évalué par les impôts et nous pensons qu’il n’y a pas un problème à ce niveau.


Nous sommes au terme de notre entretien. S’il y a des questions que nous n’avons pas abordées et qui vous tiennent à cœur, vous pouvez vous y prononcer.


Je vais revenir sur la mobilisation des ressources financières, surtout sur le fonds minier pour le développement local qui a été institué par notre pays. Nous avons eu à rencontrer Mme la secrétaire générale du ministère des Mines et des Carrières qui nous a fait un point. Et à ce point, nous avons été attristés et surpris de savoir que Bissa Gold qui est une mine industrielle de notre localité n’a pas encore donné les éléments qui vont permettre de procéder au calcul de ce fonds. Je suis déçu, parce que nous avons bâti notre plan communal de développement (PCD) sur une partie de ce fonds. Ce qui me vient à l’idée, c’est que j’invite Bissa gold à se conformer à la règlementation de notre pays et de faire l’effort de contribuer à ce fonds minier pour le développement local. Il n’est pas de coutume mais à ce niveau, l’Etat a déjà versé totalement sa part et c’est les mines de Nord-gold qui ne se sont pas encore acquittées de leur versement. Nous invitons Bissa-gold à prendre les dispositions nécessaires pour verser ce fonds.

interview réalisée par Adam’s Ouédraogo
Minute.bf

2 COMMENTAIRES

  1. Félicitations Mr le Maire pour vos propos pondérés emprunts de sagesse et d’engagement pour le développement de notre Commune de Sabcé. La brève cartographie de vos réalisations et le tableau de la planification financière pour la mise en œuvre du PDC sont bien informatifs. Est-il possible d’extraire une activité du PDC (dont les produits seront visibles sur plusieurs générations et profiteront à tout le pour laquelle la diaspora pourrait être sollicitée pour le financement? Bon courage pour la suite car notre Commune a besoin de poursuivre ses activités de développement dans une bonne cohésion sociale.

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