Burkina : Dans certaines zones, on parle « d’insurrection armée » et non de terrorisme (Spécialiste)

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Selon Mahamadou Sawadogo, ancien gendarme et spécialiste de l’extrémisme violent dans le Sahel, les causes des attaques terroristes au Burkina Faso sont différentes selon chaque région. A l’Est, par exemple, dit-il, les attaques tirent leur source dans la démission de l’État sur ses prérogatives dans cette région. Il a donné une communication sur le thème : « Élections de novembre 2020 et crise sécuritaire du Burkina Faso », aux journalistes ce vendredi 24 juillet 2020 a Koudougou.

Les terres des populations ont été expropriées, leurs lieux de chasse et de pêche, et surtout, l’orpaillage qui leur permettait de subvenir à leur besoin. Tout ce lot de frustration serait à l’origine de ces attaques, loin d’être terroristes, mais plutôt « une insurrection armée » de ces populations qui se dressent contre l’oppresseur qui est l’Etat.

Dans chaque région, estime Mahamoudou Sawadogo, « il faut un diagnostic clair de la situation, identifier les problèmes, comprendre leur cause et trouver une solution endogène ». « En 2014, l’insurrection populaire est partie des villes vers les zones rurales. La prochaine insurrection partira des zones rurales vers les villes parce que les populations sont frustrées », a alerté le spécialiste en extrémisme violent.

Autre fait, dans certaines régions, l’Etat a abandonné les populations à elles-mêmes. Depuis 2016, il y a des localités au Burkina Faso qui n’ont pas, malheureusement, d’enregistrement de naissance, d’établissement de carte nationale d’identité burkinabè (CNIB). C’est la révélation faite par l’expert. Aucune personne, dans ces localités, n’est à même de prouver qu’elle est réellement Burkinabè car elle n’a aucun document qui l’atteste. Dans une autre localité visitée par l’expert au Burkina Faso, pendant la composition du Certificat d’études primaires (CEP) en 2017, les policiers et les gendarmes qui avaient la charge de sécuriser la composition, les enseignants et les examinateurs, avaient reçu l’information selon laquelle des terroristes étaient en train d’avancer vers ladite localité.

Dès cet instant, les forces de défense et de sécurité (FDS) ont rassemblé les enseignants et les examinateurs, et sont partis avec eux, laissant la population à son sort. « Quand les terroristes sont arrivés, ils ont rappelé aux populations qu’ils ne sont pas Burkinabè. Que s’ils étaient réellement des Burkinabè, les FDS ne seraient pas parties pour les abandonner à leur propre sort. Le lendemain, quand les FDS sont revenues, ce sont les populations qui les ont chassées… », a témoigné l’expert.

Cette guerre, explique Mahamoudou Sawadogo, doit être « intelligente et stratégique ». La violence, selon lui, ne résoudra pas le problème. « Dans une lutte intelligente, la pièce maîtresse, c’est la communauté. Nous devons faire la cour aux communautés », propose-t-il.

Pour cet expert, les exactions commises ces derniers temps sont la pire manière de résoudre le problème. Il faudra, selon lui, approcher les populations, comprendre leur besoin et trouver des solutions endogènes à ces problèmes. Des agriculteurs, à l’Est ont été expropriés de leurs terres. Les orpailleurs ont été chassés des sites d’orpaillage qui ont été attribués à des entreprises minières.

La religion a aussi sa place dans cette lutte, surtout la communauté musulmane. Pour l’expert, les grands musulmans dans les zones rurales et partout sur le territoire national, devraient « capter les messages des groupes terroristes, les déconstruire auprès de leurs communautés », comme l’a fait la Mauritanie, qui, faut-il le rappeler, est un pays, en majorité musulmane.

« Tous, autant que nous sommes, nous avons notre part de responsabilité dans ce qu’il se passe. Si nous refusons de nous dire la vérité et de trouver des solutions endogènes à ce problème, nous allons tous nous enliser », juge l’expert, qui a aussi révélé que le terrorisme à l’Est est entretenu par certains opérateurs économiques burkinabè qui, pour faire prospérer leurs affaires, collaborent avec les terroristes pour le trafic de leurs marchandises, de sorte à éviter le contrôle des FDS. « Qu’est-ce que les opérateurs économiques attendent pour arrêter de collaborer avec les terroristes? », interroge-t-il.

Mahamoudou Sawadogo a donc souhaité que chaque Burkinabè apporte sa contribution dans cette lutte. Les politiques devraient jouer un grand rôle en créant un climat de bonne gouvernance avec des projets structurants pour les différentes populations.

Armand Kinda
Minute.bf

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