CDP: « Les traîtres sont dans la maison » (observateur politique)

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Dans cette analyse parvenue à www.minute.bf, Adama OUEDRAOGO se présentant comme Observateur de la scène politique nationale, donne sa réflexion sur la vie de l’ex-parti au pouvoir CDP, à un an de la présidentielle 2020.

Jeudi 30 mai 2019, jour de la fête de l’ascension, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP a réuni à son siège les membres de son Bureau Exécutif National, autour d’un certain nombre de sujets d’importance, dont le processus de désignation de son candidat en vue de l’élection présidentielle 2020, qui se profile d’ores et déjà à l’horizon de l’agenda politique national. L’occasion ici d’une analyse critique sur les querelles souterraines au sein de l’ex-parti au pouvoir, autour justement de cette échéance cruciale à venir.

Hasard de calendrier ou symbolique recherchée ? C’est le jour de la fête chrétienne de l’ascension, marquant la montée du Christ au ciel 40 jours après sa résurrection (Pâques), que le CDP a choisi pour réunir une des plus hautes instances de ce parti, aux fins d’examiner et de commencer sans doute à débroussailler le chemin qui le mènera à l’élection présidentielle de 2020. Une élection que, seul ou en alliance avec d’autres partis de l’actuelle opposition, le parti de l’épi et de la daba ne fait guère mystère de vouloir remporter, afin de remonter non pas au ciel pour sa part, mais pour tout simplement revenir au pouvoir.

Au lendemain des évènements des 30 et 31 octobre 2014, qui ont contraint son père fondateur à la démission et à l’exil, personne n’aurait pourtant osé parier le moindre kopeck sur la survie sur l’échiquier politique national du parti créé par Blaise COMPAORE. A plus forte raison, 5 ans plus tard, être capable de se mettre en ordre de marche et de bataille, pour repartir à la conquête du pouvoir dont lui et son mentor auront été si violemment chassés. Pour le moins, tout ou presque aura en tout cas été fait, pour tenter de réduire en terme d’image le CDP à une sorte de ramassis de gens nostalgiques, aigris et revanchards.

Sur ce registre, quelqu’un a dit à propos que les incendies ciblés de domiciles des caciques et dignitaires de ce parti, au lendemain de l’insurrection populaire, avaient pour objectif politique inavouable et inavoué de semer la panique dans les rangs de ses cadres. Le calcul était simple : contraindre le plus grand nombre parmi les membres les plus influents du parti à l’exil, pour ensuite laisser tranquillement ce qu’il en resterait mourir d’une belle mort programmée.

Ils ont réveillé la bête !

Pari perdu. Les concepteurs supposés d’un tel plan machiavélique doivent aujourd’hui s’en mordre les doigts. Ils regrettent sans doute de n’avoir pas plutôt cherché les voies et moyens (légaux ou illégaux, peu aurait certainement importé en son temps…) pour dissoudre purement et simplement ce parti, assimilé volontiers et volontaire à l’ex-Chef de l’Etat. Toujours est-il que, dans la foulée du 6ème congrès ordinaire tenu en mai 2015, le CDP a repris du poil de la bête. Tel un sphinx, le parti renait des cendres encore fumantes des incendies successifs de son siège.

Il se paie au passage la superbe d’un nouveau président, jeune, riche et dynamique, en la personne de Monsieur Eddie KOMBOÏGO ! Ses tournées initiées à l’intérieur du pays sont un succès populaire éclatant. Chose qui ne manque pas de mettre la puce de leur possible défaite aux oreilles de ceux-là mêmes qui lorgnaient déjà le fauteuil présidentiel et qui étaient prêts à tout, pour que celui-ci leur revienne à l’issue de la transition. Qu’à cela ne tienne. Une loi d’exclusion sur mesures dite « loi Chériff », du nom du président du Conseil National de la Transition d’alors (organe parlementaire) Chériff Moumina SY, viendra en mission commandée mettre un coup d’arrêt à ce regain d’ambition du CDP, par l’invalidation sans autre forme de procès de la candidature d’Eddie KOMBOÏGO à l’élection présidentielle 2015.

Dans la foulée, le coup d’Etat manqué de septembre 2015 (perpétré par des membres de l’ancienne garde prétorienne de Blaise COMPAORE) offre un joli prétexte pour geler tous les comptes et les avoirs du CDP et jeter au passage son « trouble-fête » de jeune président, ainsi que quelques autres hauts cadres en prison. Toutes choses qui ont eu pour conséquence de remettre opportunément un voile sur le retour à un fonctionnement normal du parti.

Les traîtres sont dans la maison.

Touché et affaibli une fois encore dans son élan de résilience à la perte brutale du pouvoir par ces faits, le CDP prouvera malgré tout sa force organisationnelle et trouvera la capacité de survivre. Grâce notamment à l’indéfectible engagement militant de sa base, disséminée aux quatre coins du pays ; mais aussi grâce à la pugnacité téméraire, au sens élevé de la fidélité et au sacrifice à la cause commune de quelques uns des plus hauts cadres du parti. Aidés par les encouragements et le soutien moral du père fondateur depuis son exil, le parti ploie sous de nombreux coups de boutoir, mais ne se brise pas. Contrairement aux multiples prophéties d’implosion.

De l’intérieur des colonnes de taupes et d’infiltrés se dénoncent alors, suscitant et alimentant les sujets de dissension, au moment où il convenait au contraire de se serrer les coudes face à l’adversité liquidatrice ouverte et manifeste. C’est dans cette atmosphère détestable qu’intervient malgré tout le 7ème congrès ordinaire en mai 2018. Entretemps blanchi de toute implication et poursuite en justice dans l’affaire du coup d’Etat manqué de septembre 2015, Eddie KOMBÏGO a repris les commandes du parti. Il y sera reconduit et conforté, lors de ce désormais fameux 7ème congrès. Non sans qu’il ait fallu en passer par un vote à bulletins secrets, des membres des plus hautes instances du parti habilités à cela. Une transparence et une première, qui ne seront cependant pas du goût de tout le monde, notamment les perdants de ce suffrage démocratique inédit.

La victoire en ligne de mire.

Il est question aujourd’hui que le CDP se choisisse un candidat pour l’élection présidentielle de 2020. Il n’y a à priori pas de candidat légitime, ni encore moins providentiel. Malgré le départ de nombreux cadres lié à la perte du pouvoir et en dépit des diverses crises qu’il a pu traverser, le parti regorge de cadres compétents et dynamiques. Un seul impératif s’imposera cependant dans le choix qu’il va falloir opérer. C’est plus une question d’état d’esprit vis-à-vis de l’opinion publique électorale post-insurrectionnelle, qui a besoin de ‘’nouveau’’, que de combat d’hommes ou autre expérience. L’expérience, synonyme de sagesse, commande du reste que l’on sache se départir de toute forme d’orgueil rancunier, lorsqu’il importe d’agir dans un esprit et pour l’intérêt du parti et partant ensuite de la nation.

Le chemin s’annonce épineux certes, mais il se doit d’être suffisamment bien balisé afin que, librement et de la manière la plus consensuelle ou démocratiquement acceptée par tous que ce soit, ce poids lourd de la scène politique nationale que représente incontestablement le CDP puisse, le moment venu, se choisir le meilleur candidat possible et, avec les autres partis compétiteurs, offrir au peuple burkinabè un choix perspectif plus ouvert et mieux reluisant pour son avenir. Il est en tout état de cause impossible que l’on puisse vouloir tout le temps faire du neuf avec du vieux. La gouvernance dans laquelle végète notre pays actuellement nous le démontre à souhait et devrait nous servir d’exemple. Les anticipations, les fuites en avant, la logique du fait accompli n’ont pas de place constructive en politique.

Il faut savoir passer la main, quand vient l’heure de changer de génération. Lorsque l’on cherche à performer, on n’aligne pas des sexagénaires, des septuagénaires ou autres octogénaires sur la ligne de départ, pour courir 100 mètres plats… C’est aussi simple et logique que cela. Souhaitons donc vivement que le CDP, ainsi que tous les autres partis politiques en lice pour la présidentielle 2020 aient la lucidité et la sagesse d’investir des candidats neufs (à défaut d’être jeunes), performants et compétitifs. C’est la condition d’une présidentielle digne de ce nom, avec au bout du compte une gouvernance nouvelle et mieux inspirée pour le Faso.

Adama OUEDRAOGO
Observateur de la scène politique nationale

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