« J’ai honte pour certains IC… », Bonaventure Belem réagissant aux propos des responsables du SYNTEF

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Dans une interview accordée à votre journal www.minute.bf, Bonaventure Belem, Coordonnateur national des syndicats de l’éducation (CNSE), revient sur les propos tenus par les responsables du Syndicat national des travailleurs de l’éducation du Faso (SYNTEF), qui ont claqué la porte à la CNSE pour « lutter pour eux-mêmes« . Rappelons que le point d’achoppement est le statut valorisant. Le SYNTEF indiquait dans sa première conférence de presse que  » le statut n’est pas valorisant ». Mais pour le coordonnateur de la CNSE, « le statut a été bien pensé ». Nous vous proposons sa réaction dans cette interview.

Minute.bf: Les enseignants de l’école primaire (IC et IAC) ont relevé des manquements dans le statut valorisant que la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) a pu signer avec le gouvernement. Cela les a poussés à s’allier pour créer un autre syndicat, le Syndicat des travailleurs de l’Education du Faso (SYNTEF). Quelle réaction avez-vous à faire?


Bonaventure Belem: Nous avons ce projet de statut depuis 2012. Nous avons consacré suffisamment de temps pour décrire les différents emplois, les conditions d’accès, les conditions de promotion, les entraves. Nous avons décliné un certain nombre de passerelles et tout ce qui s’ensuit pour que les métiers de l’éducation ne soient pas des métiers de la dernière chance, ce, dans la perspective de permettre à ceux qui sont rentrés dans ce domaine de pouvoir, à un moment donné, se retrouver ailleurs. C’est à travers donc ce mécanisme que l’on a créé des passerelles et travaillé donc à ce que la durée de la carrière soit réduite. C’est donc dans cet esprit que nous avons élaboré le statut valorisant.

Minute.bf: Tout de même, certains de la base dénoncent ce statut valorisant…


Pour ceux qui pensent que le statut n’est pas suffisamment valorisant, je les invite à relire le statut et à avoir une lecture diachronique, à tenir compte du parcours actuel et des conditions de traitement que nous avons aujourd’hui et aussi voir ce qu’on projette pour l’avenir. Je les invite à cet exercice pour qu’ils sachent que le statut que nous venons de rédiger est valorisant.


Le statut valorisant prend en compte 23 emplois du ministère de l’éducation nationale. Il n’y a pas que les IC et les IAC dans ce statut ; il y a 23 emplois et notre travail était de faire en sorte que tous les 23 types d’emplois puissent se retrouver dans le statut sans qu’il n’y ait de discrimination. Il faut qu’on tienne compte du préscolaire, du primaire, du post-primaire, du secondaire, des techniciens de laboratoire, des techniciens de maintenance, des PAG, des personnels de la vie scolaire; et c’est cet ensemble là qu’on doit mettre en cohérence pour que le système puisse fonctionner et qu’il n’y ait pas des gens qui s’arrogent un certain nombre d’avantages au détriment d’autres.
Aussi, lorsqu’on prend la question précise sur les IAC, au niveau de la fonction publique lorsqu’on adopte un emploi, il est impossible de changer cet emploi avant 5 ans. Ils étaient dans un processus normal d’attendre la cinquième année pour être classés en B1 professionnel par exemple ; et à la faveur de ce statut, 3 ans après, ils auront l’opportunité de faire un autre examen pour se retrouver en A3.


Il faut qu’on ait le courage de se dire certaines choses. Lorsqu’on prend la situation des IC, aujourd’hui le taux de succès pour les concours des IP est inférieur à 1%. Et lorsque vous êtes admis à un concours et que vous partez à l’école de formation, vous avez tous les supplices liés à la vie scolaire tels que la perte d’indemnités, la cohabitation avec d’autres étudiants durant l’année de formation, la possibilité d’être affecté ailleurs, des risques divers, etc.


J’ai honte pour certains IC qui demandent quel type d’examen leur sera soumis. Un IC sait comment un examen se fait. Nous avons des principes docimologiques en évaluation. Personne ne va évaluer un étudiant ou un professionnel en visant son échec. Ce sont des professionnels ; je m’adresse à des pédagogues qui doivent savoir que tout type d’examen à des critères et des règles, et on doit poser les questions aux étudiants, à l’élève ou aux professionnels en fonction de ce qu’ils savent. On ne fait pas un examen pour faire échouer quelqu’un. Qu’un IC me dise qu’il a peur d’un examen alors qu’il administre des examens tous les jours à ses élèves, cela me chagrine véritablement. Lorsqu’on passe d’un concours très sélectif de 1% à un examen à 40%, de mon point de vue, il y a une grande avancée. Qu’un pédagogue qui a la mission de vendre la qualité, d’exhorter les enfants au travail me dise qu’il veut dormir bonnement et se réveiller le lendemain pour être classé dans une catégorie supérieure sans aucun effort intellectuel dans un contexte de promotion de la qualité de l’éducation, moi je ne suis pas d’accord qu’un éducateur veuille cette facilité-là.


C’est une chose qui me fait quand même peur que l’on veuille être reclassé automatiquement. Au vu même de quoi doit-on être reclassé automatiquement ? Nous avons dit que le statut s’élabore dans le cadre de la loi 081. Nulle part dans cette loi, il est dit que l’on peut être automatiquement reclassé à une catégorie supérieure. Même dans les statuts particuliers, cela ne se fait pas. Au niveau de la police, on a supprimé les emplois de catégorie D. Les policiers qui étaient même à la lisière de la retraite étaient obligés de revenir à l’école nationale de la police pour six mois de stage avant d’être reclassés. C’était pareil pour la douane.
Mais au niveau de l’éducation, l’on pense qu’on peut se lever un bon matin pour changer de catégorie parce qu’on veut la valorisation. Non. En quoi est-ce que cela est valorisant ? Est-ce que la valorisation d’un statut c’est un changement de catégorie ? Non ! On doit être fier de dire qu’on est en catégorie A un jour. Moi je suis en A, je suis fier d’être en A parce que j’ai concouru avec des gens qui ont échoué là où j’ai réussi. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », disait Corneille, et c’est dans ce sens que nos collègues devraient travailler. Le statut doit ouvrir les voies de promotion et à chacun de se donner les moyens pour être promu.


Certaines personnes auraient souhaité un réaménagement de l’âge comme cela a été fait pour les IC et les CPI. Il faudra rappeler que les conseillers ont réussi là où des milliers d’IAC ont échoué à plus de 10, voire 15 fois. Aujourd’hui, les IC qui ont plus de 47 ans ont fait le concours professionnel au moins 10 fois mais ils ont échoué. Ce sont eux qui jalousent maintenant des IP qui ont eu le mérite de réussir à un concours. Le gouvernement a décidé d’éteindre ce corps, et, en tant que coordination, nous avons demandé au gouvernement de trouver les moyens pour pouvoir les reclasser à la catégorie des inspecteurs de l’enseignement du premier degré.
Nous avons trouvé mieux que le gouvernement fasse ces aménagement pour permettre à ceux qui deviendront inspecteurs part le mécanisme du statut valorisant aient autant de mérite que ceux qui ont été inspecteurs avant eux.


Il faudra ajouter que l’emploi d’IC n’est pas en voie d’extinction. Quelle justice aurons-nous en autorisant les IC qui ont 47 ans aujourd’hui de faire le concours jusque dans 5 ans alors que ceux qui auront 47 ans dans 6 ans n’auront plus la possibilité de faire un concours professionnel. Quelle justice allons-nous rétablir ? Les IC resteront, même si la dénomination va changer. Les professeurs des écoles en catégorie B1 resteront dans le système. Mais si on fait des aménagements pour leur permettre de faire les concours jusqu’à 55 ans, quand est-ce qu’on arrêtera ces aménagements ?

Minute.bf : Avant la signature finale du document vous n’avez pas consulté la base. Cela vous est également reproché…


Il faut que les gens arrivent à faire la différence entre un mandaté et un mandataire, ou un mandatement. Les députés à l’Assemblée nationale votent des lois. Ils ont eu le quitus des populations pour être à l’Assemblée nationale et parler en leur nom. Le député répond au nom de sa communauté. Il vote les lois en faveur des besoins de sa communauté. C’est ce qu’il trouve juste pour sa communauté qu’il soutiendra. Mais il n’est pas obligé d’aller faire du porte à porte pour demander les avis des populations avant de repartir à l’Assemblée nationale pour voter une loi. C’est cela la question de mandat. Lorsqu’on est mandaté, il y a une confiance réciproque entre ceux qui mandatent et celui qui a été mandaté.


L’assemblée générale est consultative aussi bien pour l’élaboration des plateformes, que pour les réajustements, les adaptations des mots d’ordre ou pour les suspensions des mots d’ordre. Les bases sont consultatives et il faut que l’on ait cette compréhension de ce qu’on appelle base. Qu’est-ce que la base au niveau de la CNSE? Est-ce que ce sont les personnes qui viennent à l’assemblée générale sans présenter de carte ? Est-ce que la base ce sont les AG à Ouaga ou bien est-ce que ce sont les AG dans les 45 provinces du Burkina Faso ?


S’il s’agissait d’une base qui devrait donner son avis il y aurait des critères assez précis pour cela. Mais lorsqu’on se retrouve à la Bourse du travail pour une assemblée générale, vous voyez même qu’il y a des badauds qui viennent avec nous et qui peuvent prendre la parole. Ce sont eux la base ? Tout le monde pense être le centre du monde et le premier détenteur de savoir. Certaines personnes pensent qu’une chose faite sans leur avis n’est pas pertinente.


Ce sont des intelligences qui se sont assises pour échanger des jours durant afin de pouvoir définir notre plateforme d’abord. La plateforme n’a pas été définie par la base. Ce sont les mots d’ordre qui ont été concoctés par la Coordination nationale des syndicats à travers les représentants. Toutes les actions ont été planifiées. Les lettres circulaient. Les actions ont été planifiées à partir du bureau de l’organisation de la faîtière qui est la CNSE. Et s’il y a eu une confiance au départ parce qu’ils nous ont délégués pour qu’on écrive une plateforme, ils nous ont délégué pour qu’on discute en leurs noms. Ils peuvent aussi nous déléguer pour qu’on apprécie en leur lieu et place. Comme je le disais, une vérité qui n’a pas été éprouvée par d’autres vérités n’est pas encore une vérité.

Propos recueillis par Armand Kinda

Pour minute.bf

12 COMMENTAIRES

  1. Ce qu’il ne sait ce des agents de la fonction publique ont été reclassés sans examen. Je pense qu’un responsable syndical de son rang ne devrait pas réagir de la sorte

  2. Quel mépris pour les autres enseignants qui se battent au quotidien pour la réussite des élèves . La réussite un concours pour beaucoup est à mettre à l’actif plus de la chance que du mérite . Les plus humbles le reconnaissent.
    Qu’est ce qui vous empêche de vous battre pour est délai de grâce pour les IC frappés par la limite d’âge ?

  3. Deplorable qu’on ait une telle appréciation de sa base. Quand on est dans un Ministère avec plusieurs syndicats on devrait s’en rejouir car on sure que les avis qui seront plus representatifs de la réalité « plurielle ». Mais qu’on estime qu’un redigé par des intelligences ne devrait pas être contesté, ça frise la perfection et ça, ça pose problème. Pire c’est avec un ton arrogant qu’on s’exprime. Les enseignants sont -ils vos élèves ?

  4. Si par la <> on peut parvenir à la lune , il est très logique qu’on envisage un voyage vers le soleil par la même lutte.

  5. C’est une honte infligée au monde éducatif. Vous avez utilisé la base pour votre propre intestin au lieu de défendre sa base qui veille jour et nuit dans des conditions difficiles pour la réussite des élèves. Vos propos d’injures à l’encontre desa base prouve votre mépris aux camarades enseignants. L’histoire vous rattrapera.

  6. Bonjour chers collègues, et grand merci à la Coordination pour les points sur lesquels le Gouvernement et vous, se sont accordés. En lisant la rétorque du coordo à SYNTEF, nous remarquons une guerre déclenchée entre les deux parties. Pour cette raison, nous vous appelons à la retenue car la revendication des IAC et IC, n’est autre que légale à mon humble avis car nous avons tous décrié cette discrimination, à savoir la loi 081 qui  » permet entre autre à certains agents de cette même fonction publique, à passer leur concours à 55 ans ou 57 ans » alors cette base massive n’a pas eu cette faveur et se contente des 47 ans.
    Dans la lutte, nous pensons que ce que les syndicats auront arraché de l’Employeur, fait la fierté du monde qui revendique. Chers camarades, revenons à des meilleurs sentiments car c’est en cela que valoriserons notre métier. Soyons bénis.

  7. Vous êtes sans âme car au lieu de reconnaître que vous avez tort vous vous mettez à insulter les gens. Mais Dieu rendra justice .Ne croyez pas que vous avez réussi votre vie comme cela.Soyez humble car c’est Dieu qui est fort.Dieu payera le mal si vous l’avez fait sans tarder.Remarquez seulement.Vous semblez avoir un orgeuil démesuré.Vous êtes aveuglé par votre orgeuil si bien que vous ne pouvez pas analyser la situation avec sincérité.Quand vous reprochez aux gens d’être tout ce que vous voulez… L’histoire retiendra ce mal que vous venez de faire sans remords.Allez y vous mirer bien.Vous aurez certainement honte.Vous savez pertinemment que vous avez fait exprès en poussant l’âge des concours pour vous en oubliant les autres.Si on signe le statut ainsi, dans les mois avenirs il y aura sans doute des réactions dans les autres ministères.A mon humble avis l’âge de faire les concours doit être revu pour tout les fonctionnaires.Que Dieu nous donne l’amour du prochain.

  8. Notre véritable problème, c’est notre arrogance,notre orgueil, à lire les propos tenus à l’endroit de ses collègues,coordo traite ses collègues de moins que rien.Aussi, selon lui , le statut s’élabore dans le cadre de la loi 081?????j’ai honte du pays des hommes intègres.

  9. J’ai honte pour sa vision de la base. S’il avait ténu de tels propos bien avant moi personnellement je n’aurais rien attendu de cette lutte.

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