Koudpoko, comme on ne meurt plus à Ouaga, alors plus besoin de cimetière

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Ma très chère Koudpoko, ça fait vraiment deux jours. Depuis quelques temps, j’avais quitté la toile pour me concentrer sur ton jus parce qu’avec leur affaire de carême qui arrive à pas de géant là, je sais que tu risques de fermer ton cabaret durant toute cette période. Mais m’bon, on va essayer d’aller voir les autorités religieuses pour qu’il y ait une trêve pour nous autres là. Je suis donc de retour, pour quelques temps.

Aujourd’hui, ma tendre Koudpoko, avec la janviose qui vient de nous abattre à bout portant par des missiles de galère qui tombaient sur nous tous azimuts, nous essayons de nous remettre, sauf que la convalescence n’est pas facile sous nos cieux. Tu es convalescent mais on a l’impression que tu viens de tomber malade, tellement que la galère te bipe. J’ai fait tout ce discours pour te demander une calebasse bien fraiche à crédit. Il faut écrire ça dans ton cahier là. Si l’argent rentre, je vais payer.

Hic, merci pour ce jus. Walahe, tu as l’a bien dosé. Walahe talaye, c’est une vraie dose. Hic hic hic. J’ai déjà des hoquets. Maintenant que j’ai ma dose, prends place pour écouter le sérieux problème que je vais te raconter. Les autorités politiques ont tellement berné les populations dans le passé, au point que personne ne croit en elles encore. Nous avons vu des gens qui se sont attribué des parcelles et qui les ont attribuées à leurs amis et proches au détriment des vrais résidents des lieux. Conséquence, depuis la suspension de lotissements après la chute de Blaiso, les propriétaires terriens préfèrent offrir leurs terres aux promoteurs immobiliers qui parcellent et leur offrent in situ leurs parts de parcelles avec des dédommagements à l’appui. Une procédure qui permet à tous les propriétaires terrains d’éviter le risque de tout perdre. Les terres sont cédées et les parcelles sont attribuées tout en oubliant de disponibiliser des espaces dédiés aux loisirs et surtout aux cimetières, un peu comme si la mort nous avait abandonnés.

Déjà, des gens sont obligés de traverser toute la ville pour aller inhumer leur proche dans des cimetières excentrés. Mais, Koudpoko, personne ne parle. Les anciens cimetières sont pleins ou presque. En effet, le promoteur immobilier veut rentabiliser. Le propriétaire terrien aussi veut rentabiliser donc il ne veut pas offrir un cimetière dans ses terres, chose qui pourrait réduire ses parts de parcelles. Actuellement, les gens ne se soucient pas. Moi-même j’ai eu la révélation, à travers ta jarre, qu’on ne va plus mourir ici à Ouagadougou, donc pas besoin de se chercher des cimetières.

Koudpoko, rendons donc grâce à Dieu car nous n’allons plus mourir à Ouaga. Ou du moins, ceux qui vont mourir auront une ascension au ciel directement. Ne prévoyons rien dans ce sens. Asseyons-nous et buvons seulement. Mangeons pour ajouter et oublions que nous sommes des mortels. A cette allure, il nous faut déjà prévoir le système de crémation des corps, au risque de faire des enterrements dans nos propres cours, dans une tombe commune…

Minute.bf

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