Burkina: Certains hommes politiques doivent aller à l’école de Koudpoko

0

Koudpoko, c’est le weekend car aujourd’hui, c’est samedi. Des gens vont encore inhumer des poulets dans leur panse et ingurgiter à fond la bière. Nous sommes dans la capitale burkinabè. Devant la bière, la vérité comme le mensonge porte le même pagne. Tout dépend de celui qui parle. Quand tu es bien nantis et proche des hommes forts du moment, tout ce que tu dis est vrai même si tu dit que le pays est en sécurité, tout le monde (sinon ceux qui sont attablés avec toi) te soutiendra dans tes sottises. C’est comme cela partout. Un élu local avait même écrit un poème au premier ministre au cours de sa récente adresse à la nation où il jurait la main sur le coeur que dans le Sahel (surtout dans le Yagha), la situation sécuritaire est maîtrisée. « Les gens peuvent désormais dormir dehors », avait-il affirmé. Oh bravo monsieur le representant du peuple. Oui au Yagha, monsieur le député qui réside à Ouagadougou sait que la situation sécuritaire est maîtrisée. Qu’il n’oublie pas de rendre régulièrement visite à ses populations, celles qu’il représente à l’assemblée.

Bref, à Ouagadougou, nous avons l’art de la parole. Nous speculons surtout sans connaître le fond du problème. On l’analyse à distance et on devient « analyste politique », ou n’importe quel titre ronflant qui fait de nous un « intellectuel ». Mais diantre, quel bon intellectuel?

Ce matin, pour débuter ce weekend, j’aimerai t’inviter, Koudpoko, à offrir à boire à nos politiques burkinabè. Ton jus est source de savoir et renforce souvent les connaissances. Certains hommes politiques ont besoin d’aller à ton école.

En fait, respectons les politiciens du Burkina Faso. Ni Wendé (Au nom de Dieu). « Avant, les populations venaient à Ouagadougou pour exposer leurs problèmes. Mais cette fois-ci nous avons vu le chef de l’État aller lui-même écouter les préoccupations des populations »(entendu sur la RTB de la bouche d’un élu national, grand cadre du parti au pouvoir). Moi je tire mon chapeau aux gens. On dirait que lorsque tu n’es pas politique, ta compréhension des choses est biaisée.

Le tronçons Namsigui-Djibo (36km) est impraticable depuis combien de temps? C’est quelle population qui peut quitter Djibo pour venir à Ouagadougou parler de son problème que tout le monde connaît? Quand le président partait à Djibo là woh, est-il passé par là route? Non. C’est hélico qui a fait vaguap vaguap vaguap et qui l’a déposé à l’aérodrome de Djibo. Là-bas un véhicule blindé l’attendait pour le conduire sans ses différentes visites. Certains internautes s’amusaient à dire que Djibo, ce jour, était la ville là plus sécurisée du pays. Et c’était vrai. Voici une ville qui est coupé du Burkina Faso depuis longtemps et que jusqu’à ce jour, on peine à construire à cause de l’insécurité. Tous ceux qui avaient tenté de joindre Djibo par la route sans un cortège bien sécurisé, sont soit morts ou kidnappés par les fous de dieu. Personne ne voulait s’y aventurer. Et on vient s’assoir à la télévision nationale, que, l’action du président du Faso est à saluer parce qu’au lieu que les populations viennent à lui, il est allé lui-même vers elles. Oui, c’est très bien parce qu’il est allé remonter le moral de nos vaillantes FDS. C’est à Saluer parce que les populations reconnaîtront que le PF « ne les a pas abandonnés ».

Oui, mais de là à venir dire que c’est une prouesse parce qu’il est allé lui-même au lieu qu’on vienne à lui, je tombe des nues. Je me demande si certaines personnes reconnaissent en toute humilité que le pays souffre au Nord, à l’Est, au Centre nord, etc? Non, Ouagadougou est bien doux. On s’assoit dans un angle ou sous un manguier, on écoute la bonne musique, on sirote une bière, et on soupir de façon hypocrite pour dire que les attaques tuent beaucoup de nos compatriotes. On oublie très vite que des gens meurent quotidiennement.

Des gens s’asseyent dans leur salon, ou autour d’un pot, et scandent sous l’effet de l’alcool bien ingurgité en toute sécurité à Ouagadougou, « On va vaincre le terrorisme. Qu’on ne négocie pas avec les terroristes. Qu’on doit faire ceci ou cela ». On devient moralisateur en même temps. Quand j’écoute certaines personnes parler, je sens qu’elles n’ont jamais entendu le crépitement des armes des terroristes. Je sens qu’elles n’ont jamais vu des gens qui sont égorgés, décapités, criblés de balles, des corps en putréfaction joncher dans certaines localités. À Ouaga, on connaît tout et on devient subitement analyste de ceci ou de celà.

Savez-vous réellement combien de personnes ont été tuées depuis le début des attaques terroristes au Burkina ? Oui, des bilans sont faits, mais combien de personnes ont été tuées et jetées dans la forêt, partout au Sahel, au nord, à l’Est, sans être comptabilisés dans ce bilan macabre que nous dresse chaque fois le gouvernement? Allez-y comprendre.

Combien de squelettes y a-t-il dans la brousse, enfouis dans le sable chaud du désert ou jetés dans les eaux ou sur la route? Combien d’enfants ne verront plus leurs parents. Combien de femmes veuves le terrorisme a-t-il créées? Que deviendront ces enfants qui ont assisté à l’assassinat de leurs parents? Des parents égorgés devant leurs enfants et leurs femmes. Eux, n’ont pas la tête aux élections ou à la bière douce que vous siroter. Ils cherchent juste un abri et de quoi manger pour survivre…

À 5 mois des élections, le PF se décide d’aller soutenir les forces vives du Sahel (Djibo) et les FDS. Oui, merci à vous président. Au retour, passer prendre une bonne calebasse chez Koudpoko. Vous avez fait une vraie prouesse. Si campagne électorale, il y aura à Djibo, je suis sûr que ce sera le MPP seulement qui pourra y être, car, avec l’hélicoptère, le PF peut encore aller parler aux populations. Pour les autres partis, ce sera impossible. La CENI pourra aussi emprunter l’hélicoptère pour aller déposer les urnes. Les votants qui ont cette liberté de pouvoir circuler comme ils veulent au point de choisir s’ils veulent ou non venir à Ouagadougou pour parler de leur problème au président, viendront certainement remplir les urnes de bulletins.

Moi, en tant que client fort de Koudpoko, j’aimerais tout simplement que les politiciens qui ouvrent la bouche pour s’adresser à nous autres là sachent que le fait qu’on n’est pas politicien où qu’on n’est pas aux affaires ne fait pas de nous des aliénés mentaux. Même Lambila, qui a fait toute sa vie au village et qui n’est arrivé à Ouaga que le mois passé, sait de quoi l’on parle et a son mot aussi à dire dans certaines discussions.

Celui qui croit que le président a fait une prouesse peut démarrer sa Talisman avec son chauffeur, et traverser mon Kongoussi natal, dépasser Namsiguia et arriver à Djibo. Arrivé là-bas, il peut nous appeler pour qu’on puisse témoigner qu’enfin, le client de Koudpoko que je suis ment éperdument. Et, je me desabonnerai de Koudpoko pendant des mois. Je ne prendrai plus le jus, cette bière douce du sorgho rouge, pendant un bout de temps. Je présenterai les excuses à tous ceux que j’ai menti.

Mais en attendant, laissez moi boire une bonne calebasse qui transpire, pour saluer la prouesse du PF 👏👏👏👏. Y a pas l’homme pour lui, comme le disent nos voisins Ivoiriens. En tout cas, nous on prie Dieu pour la fin du terrorisme très tôt, car l’élection n’est pas notre préoccupation, mais la sécurité et la vie. Pour voter, il faut vivre. Combien de villages se sont vidés ? Quelle est la perte humaine et culturelle de tout ce triste constat? Ko, prouesse…

Tchrrrrreeeeerouuuuu….😭😭😭 Koudpoko, donne moi mon jus. Il faut siphonner dans un bidon de 5 litres. Je pars méditer sur le sort des populations meurtries par ces attaques. Je rentre chez moi. Je suis trop remonté. J’ai envi d’aller vivre ailleurs quelques temps. Karissaaaa. Ouvrez les Frontières et permettez nous d’aller méditer ailleurs, loin de certaines histoires à dormir debout.

Le client fort de Koudpoko n’invente rien. Il narre ce qu’il a vu et constaté. Il est vrai que le jus lui joue des tours, mais il reconnaît au moins la voie qui mène chez lui, dans les non loties.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre nom