Terrorisme au Sahel: Idriss Déby dénonce et accuse

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Idriss Déby Itno, président du Tchad


Dans une interview accordée à nos confrères du Magazine Jeune Afrique, le président Tchadien, Idris Déby Itno est revenu sur les cas d’insécurité en Afrique à travers principalement le terrorisme au sud du Sahara… Dans la gestion de cette crise, le président tchadien n’a pas hésité à pointer du doigt les promesses non tenues de la communauté internationale.

Minute.bf vous propose un extrait de l’entretien dans le recent numero de Jeune Afrique du 17 au 23 novembre 2019.

JA : Au sahel, la crise sécuritaire s’enlise. Les Etats de la région sont-ils en train de perdre la guerre face aux jihadistes ?


Idriss Déby Itno : Comment peut-on parler d’échec ? Il faudrait que chacun ait joué le jeu et ait mis à disposition les moyens nécessaires. Nous, pays du G5 Sahel, avons eu beaucoup de réunions à travers le monde. Nos partenaires nous ont promis ciel et terre. Mais, quel est le résultat ? Le problème, ce n’est pas que nous sommes dépassés, mais que nous n’avons pas les moyens de faire face. Un exemple : pour faire fonctionner le G5 Sahel, nous avions 400 millions d’euros à nos partenaires. Nous ne les avons pas obtenus. Pour lutter contre Boko Haram, Bruxelles a décaissé 50 millions d’euros en 2014, mais ils se sont volatilisés dans la nature-ou dans le giron administratif européen!


Vous plaidez également, mais en vain, pour une implication plus importante des Nations unies…


Oui, nous aurions voulu obtenir un mandat onusien de type « chapitre VII » pour les troupes du G5 Sahel. L’ONU a refusé. Nous avions également demandé que la force des Nations unies au Mali, la MINUSMA, ne soit plus seulement une force de maintien de la paix et devienne plus offensive. L’ONU a également refusé. Pendant ce temps, les terroristes ont repris du terrain au Mali et au Burkina Faso et, chaque jour, nous perdons nos soldats.


Faut-il selon vous aller vers une coalition internationale contre les jihadistes, comme en Syrie ?


Commençons par donner des moyens aux soldats africains.
Le financement ne doit-il pas venir également du continent ?
Bien-sûr, mais la réponse ne peut pas venir que de quatre ou cinq pays. Elle doitêtre également globale. Pour le moment, seul le Rwanda a apporté une contribution au G5 Sahel, à hauteur de un million de dollars. Aucun autre pays africain ne l’a fait. Pourtant, c’est une guerre africaine !


Chez certains de vos voisins, ce sont les capacités mêmes de l’armée qui sont critiquées…


Il faut se souvenir d’une chose importante : on a détruit des armées africaines dans les années 1990, sous prétexte de plan d’ajustement structurel. A l’époque, j’ai moi-même été pris à partrie parce que je mettais encore beaucoup d’argent dans l’armée. Aujourd’hui on me donne raison, mais il y a un retard et un besoin de formation et d’équipement.


La solution est-elle uniquement militaire ?


Non, bien-sûr. La lutte contre le terrorisme doit être multidimensionnelle. C’est pourquoi, au niveau du G5 Sahel, nous avons une stratégie militaire et une autre d’investissement dans des projets prioritaires destinés aux zones particulièrement vulnérables à la propagande des jihadistes. Nous avons d’ailleurs tenu une réunion à ce sujet à Bruxelles, en février 2018. L’Union européenne a budgétisé 8 milliards d’euros pour l’aide au développement. Jusqu’à aujourd’hui, aucun projet n’a démarré. Là aussi, il y a des annonces mais rien d’autre.


N’est-ce pas en premier lieu aux Etats africains de relever ce défi du développement et de la présence de l’Etat ?


Il est de notre responsabilité de mettre les populations à l’abri en travaillant sur la santé, l’éducation, l’agriculture, l’élevage, les transports, la sensibilisation religieuse… Si on ne le fait pas, certains de nos concitoyens vont aller grossir les rangs des terroristes. C’est aussi l’une des missions du G5 Sahel : sécuriser ces zones où les Etats ne sont pas assez présents et leur permettre de travailler pour le développement.


Au Mali, faut-il discuter avec les jihadistes ?


Non, on ne négocie pas avec des jihadistes.

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