Grève du SYNTSHA : Des militaires réquisitionnés pour assurer le service minimum à Yalgado

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Le petit Sanon a environ 3 ans. Tombé malade, ses parents l’envoient à l’hôpital de la Trame d’accueil. C’était le mercredi 22 mai 2019 à Ouagadougou. Avec la grève des agents du ministère de la santé, la prise en charge de cet enfant n’était pas évidente. Mais, « heureusement le service minimum est assuré », s’est réjouie la mère de l’enfant. Au CHU Yalgado Ouédraogo également, « seuls » les cas urgents sont pris en charge par « quelques militaires et des volontaires » qui assurent le service minimum.

Au service traumatologie de Yalgado Ouédraogo, seuls les cas graves sont pris en charge

Depuis le 21 mai dernier, ce jusqu’au 25 mai prochain, le Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) a entamé une grève qui sera suivie d’un boycott des gardes et permanences jusqu’au 3 juin pour exiger du gouvernement, la prise en compte de ses revendications mais aussi le respect des travailleurs de la santé et du syndicat. Cette grève, surtout dans le domaine de la santé, ne sera pas sans conséquence.

Le constat que nous avons fait dans certains hôpitaux nous laisse souvent pantois. Certains centres de santé sont ouverts. Là-bas, le service minimum est assuré. D’autres par contre ont totalement fermé les portes. Aucune blouse blanche n’est perceptible, même à 5 mètres. Dans ces centres, aucun soin n’est administré à quel que patient que ce soit. Ils n’y sont même pas là. Au Centre de Santé et de la Promotion sociale (CSPS) de Yamtenga, au secteur 30 dans l’arrondissement 11 de Ouagadougou, aucun service minimum.

Au CSPS de Yamtenga, les portes sont closes. Aucun service…de santé

« Il faudra prier Dieu pour ne pas tomber malade dans cette période de la grève du SYNTSHA », ironisait un ami. C’était le 20 mai dernier à notre rencontre. En réalité, tomber malade dans cette période de grève c’est quelque peu souscrire à la mort. Fort heureusement, dans certains centres de santé, le service minimum est assuré. Dans ces centres, seuls les cas d’urgence sont pris en charge. Aucune consultation, nous a fait savoir un agent de santé que nous avons rencontré au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO).

« Il n’y a personne pour nous encadrer… »

« Nos ainés ne sont pas là pour nous encadrer. Vous voyez que je n’ai pas porté de blouse. Nous venons de faire notre seul pansement. Il n’y a personne pour nous encadrer donc nous ne pouvons pas travailler. », a laissé entendre un étudiant stagiaire en médecine que nous avons trouvé au service des urgences traumatologiques. « Là aussi, c’est parce que c’est un cas assez grave », a-t-il précisé.

Pour avoir plus d’informations sur comment la situation est gérée à Yalgado Ouédraogo, nous nous sommes rendus au service communication. Aucune donnée, aucune information n’a fuité. « L’autorité a déjà communiqué là-dessus hier, donc nous n’avons plus rien à dire », nous a lancé Sourou Sanon, notant néanmoins que quelques militaires et volontaires assurent le service minimum.

Une réalité concédée par une accompagnante de malade que nous avons rencontré dans l’enceinte de l’hôpital. « Je reviens de la pharmacie. Mon malade est au service traumatologique. Après les soins, on m’avait demandé d’aller chercher des produits à la pharmacie. En tout cas, les agents continuent de travailler. », s’est-elle réjouie.

A l’ombre d’un petit manguier aux encablures du service d’urgences médicales étaient assis deux hommes, un vieux, la soixantaine révolue, et son fils. Pour cause de grève des agents de santé, ils attendent le lundi prochain pour une intervention chirurgicale. « On nous a dit d’attendre après la grève pour l’intervention de mon père », nous a confié le fils, souhaitant qu’un accord soit trouvé entre le gouvernement et le syndicat dans de plus brefs délais.

« Heureusement, le service minimum est assuré »

Nous avons également fait un tour au CSPS de la Trame d’accueil sis au secteur 30 dans l’arrondissement 11 de Ouagadougou, ce mercredi 22 mai. Sur place, nous avons constaté la présence de certains agents qui sont à l’œuvre. Quelques minutes plus tard, un couple fait son entrée dans ce centre de santé. Dans les mains de l’époux, se trouvait le petit Sanon, le corps déshydraté par les vomissements incessants. Il leur fallait immédiatement une prise en charge sanitaire pour leur enfant. Un sacerdoce auquel se livrent les agents qui assuraient le service minimum. Après la consultation, une ordonnance a été adressée au couple qui a pu trouver les produits à la pharmacie du CSPS.

Aux urgences du CHU-Yalgado, le service minimum est assuré par des militaires et des volontaires

« Heureusement, le service minimum est assuré », s’est réjouie dame Sanon qui a appelé le gouvernement à règlementer la situation parce que, poursuit-elle, « ça y va de la vie des gens ». « Il faut que le gouvernement et le SYNTSHA trouvent un point d’accord parce que la santé est un domaine sensible. Le gouvernement doit prendre à bras le corps le dossier pour le mieux-être de tous », a-t-elle plaidé.

Sur le cas des centres de santé qui ont fermé depuis le début de la grève, a-t-elle imploré la clémence des agents de santé pour leurs réouvertures. « Nous savons qu’ils mènent une lutte légitime mais qu’ils pensent à la population innocente. Même si c’est le service minimum qu’ils le fassent au lieu de fermer totalement. Heureusement le service minimum était assuré quand je suis arrivé avec mon fils malade. Et s’il n’y avait personne ? C’est cet angle qu’il faut voir en premier lieu.», a-t-elle avancé, ajoutant que la balle est dans le camp du gouvernement. Pour une sortie de crise, pense-t-elle, « tout dépend du gouvernement ».

Par AK. et Elisée TAO (Stagiaire)

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