CDP: Yahaya Zoungrana soutiendra « absolument » Eddie Komboïgo si… (Entretien)

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Yahaya Zoungrana, député du groupe parlementaire du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), par ailleurs Secrétaire chargé des élus nationaux et du parlement dans le bureau exécutif national a accordé une interview à Minute.bf. La désignation du candidat du CDP pour les élections à venir, sa vision pour les échéances électorales, la place qu’occupe Blaise Compaoré, ancien Président du Faso dans le parti, ont été les différents points abordés au cours de cet entretien.

Minute.bf : Vous avez été candidat à la candidature du CDP pour la présidentielle de novembre 2020, mais vous été battu par Eddie Komboïgo qui a obtenu 133 voix contre 21 pour vous. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Je ne dirai pas qu’Eddie Komboïgo m’a battu. Ça été une tribune d’expression de haut niveau. Si je peux résumer, c’est un peu comme un match de football. Quand vous êtes parmi les joueurs d’une équipe, votre souhait est de jouer le match. Donc, si vous avez l’opportunité de monter sur le terrain, même si le résultat du match est une défaite, vous avez la satisfaction d’avoir joué le match. C’est ce sentiment que j’ai et je pense que le public qui a regardé le match a découvert au joueur Yahaya Zoungrana, des qualités. Je prends à témoin tous les appels que j’ai reçus, des appels de personnalités de ce pays et même au plus haut niveau de l’opposition, les gens m’ont félicité pour ma « brillante prestation », selon ces personnes. J’ai présenté un programme qui a unanimement plu au collège (de désignation du candidat), à travers tout ce que j’ai entendu. Le vote s’est passé autrement ; certainement que le collège a eu d’autres critères de choix. Si c’est le programme de gouvernement qui devrait nous départager, je pense que normalement, j’aurai dû être choisi, mais, ainsi va le vote.

Minute.bf : Est-ce à dire que vous pensez comme Mahamadi Lamine Kouanda, (un autre candidat qui a été exclu à cette élection pour cause de dossier incomplet à ce processus de désignation du candidat du CDP) que le collège est acquis à la cause d’Eddie Komboïgo ?

Non, je ne dirai pas cela, mais en tant que candidat à la candidature j’ai, moi aussi, mes observations. Ce vote est encadré par une directive adoptée par le bureau exécutif national et l’article 12 stipule que tout candidat qui aura des réclamations à faire, devrait le faire auprès du président d’honneur Blaise Compaoré. Je suis respectueux des textes. Si toutefois je devrais avoir un recours à faire, je le ferai auprès du président Blaise Compaoré. Je remercie le collège électoral pour la profondeur des débats ; je remercie le bureau qui a conduit les travaux pour son esprit d’équité pour essayer d’éclairer les choses entre les candidats. Mais, il est possible que certaines choses n’aient pas marché à 100%. Maintenant, il reste à savoir si cela a une incidence sur les résultats. Pour le moment, c’est encore à chaud, nous faisons des analyses de la situation avant de réagir…

Minute.bf : Est-ce que vous pensez à une probable réclamation ?

Comme je venais de le dire, c’est encore tout frais. Aucun candidat n’était dans la salle. Nous n’avons pas participé aux travaux du collège. Ce que j’entends n’a pas été constaté par moi-même, mais si toutefois il y avait des preuves qui permettraient au candidat Yahaya Zoungrana de déposer un recours auprès du fondateur, je ne manquerai pas de le faire car c’est mon droit.

Minute.bf : Nous avons vu dans un passé récent que vous et certains de vos camarades, appeliez le président Eddie Komboïgo à la démission parce que vous estimiez qu’il avait une mauvaise gestion du parti. Qu’est-ce que vous reprochez concrètement au président du CDP ?

Je pense que le congrès du 22 septembre 2019 qui nous a exclus du parti, a néanmoins pris en compte les récriminations que, personnellement, je faisais dans le cadre du fonctionnement du parti. Est-ce parce que c’est moi qui le dis que ça ne plait pas ? Sinon, ce que j’ai dit a été corrigé. Le nombre des membres du Bureau politique national (BPN) qui ne correspondait pas à nos statuts, la manière dont certains ont rejoint le bureau exécutif comme le bureau politique, tout cela, qui n’était pas statutaire, a été régularisé à ce congrès du 22. Ce qui veut dire que tout ce que je disais était pertinent. J’ai toujours posé les problèmes en interne, au CDP.

Quand il n’y a pas de solution, qu’on cherche d’autres voies pour s’exprimer, soit par la presse ou par la justice pour ceux qui estiment que c’est en justice qu’ils peuvent régler leur problème. J’ai toujours eu l’habitude de dire qu’à partir du moment où une association est constituée, et que librement, elle s’est donné des statuts et règlement intérieur, déposés au ministère chargé des libertés, si ces statuts et règlement intérieur sortent de ce processus de validation par le ministère avec le sceau du ministère, ces textes deviennent la loi de l’association ou la loi du parti politique. Même si c’est un groupement de village, ça devient leur loi. Et si un membre de cette association trouve que la loi est transgressée, que ses droits sont bafoués, il est tout à fait loisible pour lui, de saisir qui de droit pour le rétablir dans ses droits. Je pense que tout cela a contribué au jeu démocratique. Certains du camp du président Eddie Komboïgo ont même avoué qu’il fallait nous féliciter pour cette contribution, parce que cela a permis d’améliorer certaines choses. Nous espérons que tout va aller dans le bon sens, désormais.

Minute.bf : Eddie Komboïgo a été désigné par le collège et il sera le candidat du CDP s’il a quitus du président d’honneur, Blaise Compaoré. Est-ce que le député Yahaya Zoungrana apportera son soutien au président Eddie Komboïgo si toutefois sa candidature est validée par le président d’honneur ?

Absolument! Puisque c’est un engagement que j’ai pris en étant candidat. Le préalable pour être candidat était de s’engager à soutenir le vainqueur. A ce titre donc, ce que nous avons consensuellement adopté devient notre loi et je respecterai cette loi. Le président fondateur va certainement examiner avec toute l’expertise que nous lui connaissons de grand médiateur qu’il a été pour toute la sous-région, et au niveau du parti. Il a encore montré ses qualités en nous réintégrant suite à notre exclusion au congrès du 22 septembre. Nous savons qu’il va donner son avis avec des orientations très pertinentes pour la réussite du CDP aux élections présidentielles et législatives du 22 novembre. Ce sera des conseils, voire des instructions pour que le CDP aille gagnant à ces élections. Je n’ai pas peur aujourd’hui de dire que, si toutefois le président d’honneur estime que le choix du président Eddie Komboïgo s’est passé comme lui-même l’a indiqué dans la directive, nous suivrons et nous battrons campagne pour que le CDP soit à Kossyam en 2020 et que nous ayons la majorité à l’Assemblée nationale.

Minute.bf : Comment expliquez-vous le fait qu’il faut l’aval du président d’honneur avant que vous ne puissiez travailler? Ne pensez-vous pas que cette démarche va fragiliser, voire décrédibiliser votre parti?

Ça me fait rire d’entendre les gens se demander pourquoi à chaque fois nous partons chez Blaise Compaoré. Pour nous militants du CDP, Blaise Compaoré n’est pas n’importe qui. Il est le président-fondateur du CDP, il a dirigé ce pays pendant 27 ans et si certaines personnes ne le connaissent pas, nous au CDP, nous le connaissons. C’est un homme pondéré qui cherche toujours le consensus, qui cherche toujours à ce qu’il y ait la cohésion à l’intérieur des groupes. C’est cela Blaise Compaoré.

Deuxièmement, c’est nous-mêmes, militants du CDP réunis en congrès en mai 2018, qui lui avons conféré ce statut parce qu’il n’est plus à côté de nous à cause des évènements des 30 et 31 octobre 2014. Comment pouvons-nous bénéficier encore de ses conseils si nous ne lui donnons pas un statut? C’est cela qui a amené le congrès de mai 2018 à lui conférer le statut de président d’honneur.

Ensuite, une résolution donne les attributs du président d’honneur. Il y a des domaines où il ne va pas intervenir mais les domaines qui sont d’enjeux pour la survie ou pour des évènements nationaux du CDP, il a son mot à dire.

Ce sont les militants CDP qui lui ont conféré ce pouvoir. Nous sommes surpris que ce soient ceux qui ne sont pas des militants du CDP qui trouvent qu’il y a quelque chose qui ne correspond pas. Il y a un parti sur le terrain ici dont le président d’honneur a pris des décisions, pourquoi cela ne fait pas de tapage? Mais quand il s’agit du CDP et de Blaise Compaoré, ça crée un grand tollé. Je comprends, le CDP n’est pas n’importe quel parti et Blaise Compaoré aussi n’est pas n’importe qui, raison pour laquelle, chaque fois, une certaine opinion publique trouve quelque chose à redire quand nous nous référons à lui. Mais pour nous militants du CDP, il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

Même s’il est en exil, il y a des moyens pour communiquer avec lui. Nous partons chez lui. Combien de fois vous avez vu que nous sommes allés chez lui ? Nous sommes 4 députés à l’avoir rencontré avant le congrès du 7 décembre. Il est accessible. Il est en exil mais il n’est pas mort. Nous avons toujours le plaisir de le retrouver et lui aussi, on sent sa volonté de revenir au pays, sa tristesse de voir le pays qu’il a laissé à un certain niveau être en train de descendre aux enfers et ça, c’est sa préoccupation quotidienne. Tout ce qu’il peut faire pour que le pays ne sombre pas totalement, c’est son principal souci.

Minute.bf : Son retour a plusieurs fois été annoncé, avez-vous une date précise à nous donner à l’heure actuelle?

Non, je n’ai pas de date. Je me suis toujours étonné de ceux qui donnent des dates mais je me dis qu’ils ont certainement fait des approches individuelles, personnelles envers le président d’honneur. Ni moi ni le groupe parlementaire ni le parti, n’avons une seule fois donné une date de son retour.

Minute.bf : Et si Blaise Compaoré ne validait pas la candidature d’Eddie Komboïgo, qu’est ce qui va se passer?

Il va donner des instructions comme je l’ai dit. Il ne dira pas seulement, « je veux ou je ne veux pas… ». Sa décision viendra avec un document, une adresse au bureau exécutif national qui va être une adresse à tous les militants pour sonner la mobilisation au cas où la candidature est validée ou pour donner des directives pour faire reprendre le processus de désignation du candidat si la candidature n’est pas validée, parce que, l’article 14 dit que le pouvoir de validation revient au président d’honneur.

Minute.bf : Ne pensez-vous pas que cette guéguerre que vous avez avec Eddie Komboïgo pourrait fragiliser le parti et donner plus de poids à vos adversaires politiques?

Si dans un parti politique, c’est le béni-oui-oui, vous ne trouverez pas Yahaya Zoungrana dans ce parti. Si un parti politique est comme une chapelle religieuse, vous ne verrez pas Yahaya Zoungrana là-bas. Partout dans les associations où j’ai milité, que ce soit dans les associations professionnelles, des associations de développement, je ne me jette pas des fleurs mais demandez à ceux qui me connaissent dans ces différentes associations, ils vous diront que je me suis toujours exprimé. Si on dit aujourd’hui qu’au CDP, plus personne ne peut s’exprimer, le même jour, vous verrez que Yahaya Zoungrana ne sera plus militant du CDP. Je pense que la démocratie commence à l’intérieur des partis politiques parce que ce sont les partis qui sont chargés d’animer au niveau national, la démocratie. Mais si à l’intérieur de votre parti, les militants ne peuvent pas s’exprimer, vous ne pouvez pas accéder au pouvoir. Et si vous accéder au pouvoir, vous serez un dictateur, vous risquez de ne même pas achever votre mandat. Donc, je pense que c’est plutôt un rôle positif que j’ai joué en contribuant à animer ce débat à l’intérieur du parti, en mettant le doigt sur ce qui risque de nous pénaliser.

Le premier vice-président a même reconnu que si l’on était allé loin avec le problème que nous avions soulevé à l’époque, notre candidat à la présidentielle aurait été disqualifié par le Conseil constitutionnel. C’est donc dire que c’est bon de poser les problèmes. Sur cent personnes, si un problème est là et que personne ne lève le doigt pour dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas, c’est qu’ils sont tous des nuls. Parmi vous, il doit quand même y avoir une personne qui va dire : « faites attention sur ce point-là, ce n’est pas bon ». C’est ce que j’ai fait.

Minute.bf : Les élections couplées, c’est dans six mois. Comment est-ce que vous les entrevoyez?

Moi j’ai confiance. J’ai confiance à la base militante du CDP qui n’a connu que des élections pour porter le président Blaise Compaoré au pouvoir. Cette base militante n’a jamais marché pour réclamer quoique ce soit, n’a jamais brûlé des domiciles privés de personnes encore moins des biens publics. Nos militants et sympathisants ne savent que voter le jour où il y a des élections. Donc, ce qui s’est passé en fin 2014 a beaucoup attristé nos militants et sympathisants, et l’échéance qui vient le 22 novembre est une opportunité pour eux de remettre le pouvoir au CDP parce que, ce qui s’est passé en 2014 était antidémocratique. Ainsi, c’est une belle occasion et je suis convaincu que le CDP va sortir gagnant de ces élections.

Vidéo: Yahaya Zoungrana s’attaque à ceux qui ont quitté le CDP en 2014


Minute.bf : Vous avez dit qu’avec le départ de certains militants du parti en février 2014, le CDP s’est débarrassé de ses ordures (vidéo, ndlr). Est-ce qu’aujourd’hui, le départ de Kadré Désiré Ouédraogo du CDP peut-être aussi considéré comme une ordure dont se débarrasse encore le CDP ?

Kadré Désiré Ouédraogo a démissionné du CDP mais je n’ai pas appris qu’il a adhéré à un parti politique. Nous avons tous entendu qu’il est candidat à l’élection présidentielle. Un parti a été créé pour le soutenir, mais à ce que je sache, Kadré lui-même n’est pas membre de ce parti. Ce n’est pas comme le MPS (Ndlr; Mouvement pour le Salut) où Yacouba Isaac Zida (Ndlr; Premier ministre sous la Transition) est le président d’honneur. Ceux qui sont partis à Agir Ensemble (Ndlr; parti qui porte la cause de KDO) sont allés pour soutenir la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo. Ce n’est pas la même chose que ce qu’il s’est passé en février 2014 avec ceux qui sont partis du CDP. Pour eux, Blaise Compaoré étant resté très longtemps au pouvoir, il fallait qu’il quitte pour leur laisser la place. C’était cela la stratégie de leur départ en février 2014. Ce sont deux choses différentes.

Minute.bf : Nous sommes à la fin de notre entretien, quel est votre mot de fin?

Je veux faire une adresse à nos militants. Quel que soit ce qu’il s’est passé, quel que soit leurs ressentiments sur ce qui s’est passé le dimanche 10 mai (2020) après le vote, je comprends une sorte de déception de la part de la multitude des militants qui espéraient que je sois désigné candidat du CDP, mais, qu’ils sachent que je ne suis pas déçu. Ceux qui ne me connaissaient pas me connaissent désormais, ceux qui me connaissaient me connaissent mieux. Cela a été une tribune d’expression d’une liberté d’expression démocratique à l’intérieur du parti. Je reste confiant et je leur demande de transformer leur déception en opportunité pour agir pour le bien du CDP afin qu’ensemble, nous prenons le parlement et si possible, qu’ensemble nous prenons Kossyam.

Propos recueillis par Armand Kinda et Franck Kola
Minute.bf

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