Lutte contre le paludisme : Les ambitions du projet Target Malaria

0

Une dizaine de journalistes ont fait une immersion, du 15 au 16 juillet 2021, dans les installations du projet Target Malaria, à Bobo-Dioulasso, sous l’initiative de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS). Cette immersion a permis aux Hommes de médias de toucher du doigt les différentes actions qui ont été menées dans la mise en œuvre de ce projet qui a pour ambition de lutter contre le paludisme. Les journalistes ont aussi rencontré les populations impliquées dans le projet, ce qui leur a permis de recueillir leurs avis et attentes vis-à-vis du projet.

Le rapport sur le paludisme dans le monde publié le 20 novembre 2019 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique qu’en 2019, le nombre de cas de paludisme était estimé à 229 millions dans 87 pays d’endémie palustre et celui des décès à 409 000 dont 67% concernent les enfants de moins de 5 ans.

Le Burkina Faso fait partie des dix pays les plus touchés par le paludisme (3% des cas et 4% des décès dans le monde). Cette maladie est à l’origine de 43% des consultations médicales et de 22% de décès. Dans cette lutte contre le paludisme, plusieurs méthodes ont été engagées. Mais ces méthodes ont connu leur limite car le paludisme persiste. Ainsi, malgré la mise en œuvre des stratégies et d’interventions majeures de santé publique du Burkina Faso, les données ne sont pas reluisantes et restent toujours préoccupantes avec plus de 11 millions de cas dont malheureusement 3 966 décès dans les formations sanitaires 2020.

Dr. Abdoulaye Diabaté, investigateur principal du projet Target Malaria, présentant le cycle de transmission du paludisme

Le nombre de décès lié au paludisme est alarmant et le domaine de la recherche au Burkina Faso multiplie ses actions pour faire barrière à cette maladie létale qui emporte dans la tombe des milliers de vies chaque année. C’est dans cette dynamique qu’a été lancé le projet Target Malaria en 2012, financé par Bill et Mélinda Gate. Après 7 ans de recherche, la première phase du projet a été actée le 1er juillet 2019, avec le lâcher de 14 850 moustiques dont 6000 moustiques génétiquement modifiés mâles stériles auto-limitatifs, à Bana, une localité située à une trentaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso.

Les ambitions du projet Target Malaria

Selon l’investigateur principal du projet, Dr. Abdoulaye Diabaté, Target Malaria porte sur le développement des nouvelles technologies pour pouvoir lutter contre le paludisme en s’appuyant beaucoup plus sur la biotechnologie moderne. « Nous voulons mettre au point un outil innovant de lutte anti-vectorielle qui puisse cibler les moustiques qui transmettent le paludisme et dans une certaine mesure, pouvoir éradiquer le paludisme en Afrique », ambitionne-t-il.

Vidéo: Dr. Diabaté explique en quoi consiste cette biotechnologie

Déjà, la première phase du projet qui portait sur les moustiques génétiquement modifiés mâles stériles auto-limitatifs, a connu des « résultats très satisfaisants », à l’entendre. « Quand on dit moustiques génétiquement modifiés mâles stériles, auto-limitatifs, c’est dire que ces mâles de moustiques, lorsqu’ils s’accouplent avec les femelles, il n’y a pas de progénitures. En gros, si vous lâchez ces moustiques sur le terrain, le gène d’intérêt que vous lâchez n’a pas vocation à persister dans la nature, donc, ne peut pas non plus se répandre à une distance assez raisonnable. Cela va rester très cloîtré. C’est cette première partie qui vient d’être achevée », a-t-il expliqué.

Lire aussi: Target Malaria : Une recherche innovante pour éradiquer le paludisme

Il ajoute que le lâcher qui a été fait en juillet 2019 n’avait pas pour but d’obtenir un résultat quelconque dans la lutte contre le paludisme. Il précise que le projet Target Malaria, aussi bien que tous les autres produits, quels qu’ils soient dans le domaine de la recherche, doivent passer par différentes phases. « L’objectif pour nous en lâchant ces moustiques de première phase, n’était pas d’avoir un impact quelconque sur le paludisme, ou avoir un impact sur la densité des moustiques. L’idée était beaucoup plus de pouvoir collecter un certain nombre d’informations scientifiques, pertinentes qui vont nous permettre d’instruire la prochaine phase », a-t-il fait savoir.

Vidéo: Dr Diabaté décline l’importance cette biotechnologie dans la lutte contre le paludisme

En effet, étant donné que ces moustiques étaient dans les laboratoires, l’idée était, poursuit-il, de s’assurer qu’en les lâchant, ils auront exactement le même comportement que les moustiques sauvages. Les résultats obtenus de ce lâcher permettent aujourd’hui aux investigateurs du projet de se projeter dans la mise en œuvre de la deuxième étape.

Les communautés fortement impliquées dans le projet

Vidéo: Dr Diabaté estime que les risques de cette biotechnologie sur les populations sont minimes

Des journalistes ont séjournés pendant 72 heures à Bobo-Dioulasso, dans la capitale économique du pays, où ils ont pu toucher du doigt l’évolution du projet Target malaria, dans les installations dudit projet. Au cours de leur séjour, ils ont reçu une communication sur les biotechnologies, avec le docteur Charles Guissou. Le docteur Léa Paré, quant à elle, est revenue sur l’engagement des parties prenantes dans le projet Target Malaria. Le docteur Diabaté est, pour ce qui le concerne, revenu sur les différentes étapes du projet, les activités et la technologie qui y sont employées. Ces différentes communications ont permis aux journalistes d’appréhender la quintessence du projet, son évolution et ses ambitions.

Les Hommes de médias ont ensuite visité l’insectarium géré par le docteur Moussa Namountougou. Une immersion qui leur a permis de voir les moustiques objets de la recherche, et les différentes méthodes employées pour confiner tous ces moustiques dans l’insectarium pour mieux mener la recherche.

Les journalistes ont visité l’insectarium

Après cette visite, les journalistes ont rencontré les populations du village de Bana, où les moustiques ont été lâchés en juillet 2019. Kiessira Sanou, représentant du chef de Bana, a assuré que les populations ont été impliquées dans tout le processus jusqu’au lâché des moustiques. Un comité a même été mis en place dans le village pour recenser les plaintes et recommandations liées à l’évolution du projet. Cela a été confirmé par Hayoro Karim, point focal du projet à Bana. Il assure que depuis le début du projet, les responsables ont engagé des concertations avec les villageois, en leur expliquant ce qu’est en réalité ce projet et ses ambitions.

Les journalistes ont rencontrés les populations de Bana, où le lâcher des moustiques a été fait en juillet 2019

« On a d’abord commencé à parler du paludisme pour faire comprendre comment la maladie se transmet, comment on travaille avec les moustiques (…). Dans ce projet, il y a des collectes de moustiques qui se font. Il y a 5 méthodes de collectes. Il y a les essaims. Les mâles se regroupent et les femelles viennent. C’est là-bas que la collecte se fait. Il y a donc l’équipe du projet qui est aidée dans la collecte des moustiques par des jeunes du village qui sont formés à cet effet. La nuit, dans les chambres, des pièges sont disposés pour la collecte des moustiques. Il y a aussi les pulvérisations intra-domiciliaires qu’on fait très tôt les matins dans les chambres. Il y a aussi la collecte des laves, dans les eaux sales… », a-t-il expliqué.

Minute.bf

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Votre nom